Un temps pour ralentir

Quand on commence à réfléchir à ce que nous vivons à la lumière des besoins des enfants, de nombreuses théories s’effondrent comme de vulgaires châteaux de cartes.

Tenez, par exemple cette maxime à laquelle nous nous accrochons quelquefois dans le but de sauvegarder notre bonne conscience quand nous trouvons que nous ne passons pas assez de temps avec nos enfants : « La qualité vaut mieux que la quantité ! » Elle contredit les recherches qui disent que ce qui a un effet sur le cerveau des petits, ce sont les expériences les plus nombreuses, les plus fréquentes. Cela semble très logique quand on pense à la plasticité de nos hémisphères cérébraux.

La qualité est-elle moins importante que la quantité ? Non, bien sûr, mais il doit y avoir une alliance entre la qualité et la quantité. C’est un peu le défi principal de notre parentalité, faire de la vie avec notre enfant une succession de moments joyeux mais aussi pleins de sens.

Autre idée (qui peut cette fois s’adapter), évoquée par Stephen Covey dans son livre Priorité aux priorités : ce que nous considérons souvent comme les urgences du quotidien devrait passer après ce qui nous importe le plus. Je suppose que vous connaissez la métaphore des gros cailloux où un enseignant démontre qu’il vaut mieux placer les gros cailloux en premier dans un bocal, puis les petits cailloux puis le sable enfin. Tout rentre si on commence par les gros projets, la vision que l’on peut avoir de son existence, et que l’on finit par ce qui nous semble moins essentiel mais qui n’en est pas moins nécessaire.

Oui, mais voilà, avec les enfants tout est à la fois urgent et important. Changer un bébé c’est urgent et en même temps important, car lors de chaque change, si on en a l’énergie, on va toucher son bébé avec une grande délicatesse, on va lui parler, chanter une comptine, prendre le temps d’être vraiment avec lui, de respecter ce qu’il est.

Alors finalement, puisque tout semble rentrer dans le bocal, cela pourrait vouloir dire que les gros cailloux pourraient être notre philosophie de l’accompagnement, ce sont eux qui vont nous aider à évaluer, à agir et à donner du sens à chacun de nos gestes, à chacune de nos décisions.
Même dans la plus banale des actions, on peut penser au sens, à l’intention que l’on souhaite mettre. Mais j’ai remarqué quelque chose d’essentiel aujourd’hui, c’est que, pour en arriver là, il va falloir se poser, s’arrêter quelques instants pour penser, pour sentir, pour planter cette graine de conscience. Et pour s’arrêter il va nous falloir ralentir, et retrouver notre attention pleine et entière.

Cette attention qui se dissout inexorablement dans les interruptions qui surgissent sans cesse avec nos téléphones et nos ordinateurs. Désactiver toutes les notifications de nos appareils pour retrouver un temps de qualité aussi souvent que possible pourrait être un objectif. Sinon comment pourrions-nous prétendre occuper pleinement un espace-temps fait de plaisir de vivre avec notre enfant ?

Dans ce même ouvrage de Stephen Covey, j’ai trouvé cette affirmation que je vous livre : « Avoir conscience de soi nous donne la possibilité d’avoir conscience des autres. »
Avec nos enfants, notre conscience est soutenue par le lien d’attachement qui nous aide à percevoir les besoins de nos petits. Même si nous n’avons pas une conscience de soi très développée par manque de temps et d’attention pour nous-mêmes, nous pouvons y arriver.
Mais le plus souvent, nous y parvenons dans une sorte de tourbillon qui ne cesse que le soir lorsque nous nous endormons.

Nos enfants ressentent que nous vivons dans la précipitation. Bien sûr, nous sommes très motivés pour faire du temps qu’il nous reste quelque chose de bon pour eux.
Mais malgré nos bonnes intentions, nous leur communiquons la pression dont nous sommes victimes et qui fait que nous ne sommes jamais vraiment là où nous prétendons être.

La pression nous use et nous fatigue et cette fatigue nous rend quelquefois irascibles, et la VEO refait parfois surface. Si on ajoute à cela la pression des contraintes quotidiennes, notre vie peut ressembler à une suite sans fin de contraintes et de contrariétés, et l’on va essayer de combler nos manques avec les contacts parfois très chaleureux que nous offrent les réseaux sociaux. Ils nous donnent constamment ce que nous aimons le plus : des liens, de l’apprentissage, un militantisme efficace, des informations, à un rythme totalement inédit.

Mais cette puissance d’Internet se nourrit de notre attention et notre vie se fragmente… Et ce sont parfois des fragments d’attention résiduels que nous offrons à nos enfants qui, eux, ont tellement besoin de notre disponibilité pleine et entière.

Je vois autour de moi des parents qui s’organisent pour satisfaire leurs besoins de réseaux sociaux et en même temps préserver leur temps familial : certains se limitent à deux temps par jour avec leur téléphone, d’autres réservent ces échanges sociaux aux moments où les enfants sont à l’école, d’autres encore éteignent leur appareil pendant de longues périodes de temps et tentent de se lancer dans d’autres activités. Chacun adopte la solution qui lui convient.

Nous avons souhaité avec ce dossier mettre votre attention sur l’importance du plaisir de vivre avec ses enfants. La vie de famille est une succession de détails, de petits gestes, de moments tendres, à investir complètement pour ressentir la plénitude de l’existence.

Il est urgent et important de se reconnecter à soi et aux enfants avec lesquels nous avons le privilège de vivre pendant quelques années qui passent très vite.

Hier, alors que je faisais ma promenade réglementaire, j’ai remarqué que la lune était très belle, je me suis arrêtée un long moment pour l’observer, et même presque la ressentir. Je suis sûre que vous vous êtes déjà extasiés devant la lune avec vos enfants, et comme le monde est plein de merveilles, je vous souhaite de vous arrêter le plus souvent possible en famille pour les contempler !

Catherine Dumonteil Kremer
PEPS n°31