Le journal créatif, une ressource toujours disponible

Vous avez un cahier, un stylo et cinq minutes devant vous ? Alors vous pouvez vous lancer dans l’aventure du journal créatif, un outil simple qui pourrait s’avérer une ressource précieuse pour votre quotidien.

C’est en écrivant la première version d’Élever son enfant autrement que j’ai découvert le journal créatif, cet outil créé à l’origine par Luccia Capaccione et enrichi par Anne-Marie Jobin. J’ai immédiatement compris que le journal créatif pourrait aider les parents. Il avait toutes les qualités d’une excellente ressource pour avancer sur le chemin de la parentalité respectueuse et aimante.
Disponible en tout temps, peu coûteux, ne nécessitant pas l’intervention d’un tiers, le journal  créatif permet une saine autonomie des parents quand une aide plus spécialisée n’est pas nécessaire. Le journal créatif peut d’ailleurs nous faire comprendre qu’une thérapie pourrait avoir son utilité et nous accompagner dans cette démarche.

C’est une sorte de compagnon fidèle.
J’ai toujours aimé consigner dans un cahier les moments importants de ma vie. J’ai retrouvé les  quelques pages que j’avais écrites au moment de la naissance de mon premier enfant, et j’ai aimé les partager avec ma fille aînée. Les émotions sont revenues presque intactes à la relecture de ces mots.
Mais, depuis que je connais le journal créatif, je me sens infiniment plus libre dans mon expression.

Il est vrai que les mots m’ont aidée, mais la couleur, les images, les symboles, les dessins m’ont libérée du carcan dans lequel mon artiste intérieur était enfermé. Enfin je trouvais un espace où je pouvais faire entièrement ce que je voulais. Je pouvais être complètement moi-même. Cela a l’air simple peut-être pour vous qui me lisez. Mais pour moi, l’exigence d’un résultat non pas joli mais au moins acceptable, l’hésitation face à un magnifique cahier aux pages épaisses et au  papier luxueux m’ont souvent freinée : pourquoi mes gribouillages seraient-ils accueillis dans un lieu aussi magnifique ? Je ne le mérite pas, il me faudrait plutôt du brouillon… Et puis ce que j’exprime n’a guère d’importance. Alors un vieux cahier pourrait faire l’affaire. Et je rangeais le merveilleux carnet dans un placard, il y attendrait des jours meilleurs. Ces jours sont venus, j’ai décidé de ne plus me tourner le dos, de me donner de la considération, de valoriser chaque marque sur le papier, de faire taire mon critique intérieur. Et la magie a opéré…

Ce qui sort de mes mains – quand j’arrête de me dire que ce que je fais est nul et que je ferais mieux de me mettre à ce que je sais faire -, c’est moi, et quelquefois je trouve que c’est presque miraculeux de se trouver ainsi soi-même au détour d’une page, d’une simple tache de couleur. Et puis parfois, alors qu’on ne sait pas dessiner, le faire avec audace nous permet de trouver que ma foi, après tout, ce n’est pas si mal. Ce qui est important, je crois, c’est de se mettre à l’écoute de soi sans autre objectif que celui de se rencontrer, et parfois aussi de prendre un
immense plaisir à créer sur le papier sans penser, arrêter de penser pour
vibrer.

Ce qui est important, c’est de se mettre
à l’écoute de soi sans autre objectif
que celui de se rencontrer

J’ai conçu le programme Wahou (Journal créatif et parentalité) qui est en définitive une manière de se connaître mieux mais aussi de libérer sa créativité. Quel plaisir cela a été pour moi d’être le témoin – et c’est encore le cas aujourd’hui, car les inscrits se font de plus en plus nombreux – de l’évolution de l’enfant intérieur sage, de l’élève qui respecte au maximum la consigne, vers l’expression de soi, tellement unique !
Oui, c’est une libération qui vient avec la pratique.

Tout récemment, j’ai trouvé un livre pour enfants appelé The dot, de Peter H. Reynolds. J’ai cherché une traduction en français et j’ai trouvé Un bon point pour Zoé. Je me suis demandé pourquoi cette référence à la récompense qui gâche vraiment l’état d’esprit de l’ouvrage !
Mais je vous invite à me suivre dans cette histoire qui sera peut-être un point de départ pour vous. À la fin du cours d’arts plastiques, Zoé se désespère de ne pas savoir dessiner. Son enseignante lui dit en souriant, avec beaucoup de délicatesse : « Eh bien, dessine donc un petit point, juste pour voir ». Zoé en colère écrase un feutre contre sa feuille et la rend à son enseignante quiLa semaine suivante, Zoé a la surprise de voir son point encadré.
Et elle se dit : « Je pourrais faire plein d’autres points plus jolis ». Elle se lance alors dans de nombreuses expériences avec les formes, les taches et les couleurs, et son plaisir de créer augmente de plus en plus. Je ne dévoilerai pas la chute de l’histoire.

Mais je vous invite, tout comme Zoé, à faire des taches rondes de couleur et à voir ou cela vous conduit. Prenez tout le temps qu’il vous faudra pour vivre pleinement cette expérience, et décidez de ce que vous souhaitez en faire.
Vous aimerez peut-être écrire à l’intérieur de ces formes des vœux que vous souhaitez vous faire à vous-même, à moins que ce ne soit les destinations de voyages que vous n’avez pas encore faits, ou bien le prénom des personnes qui comptent le plus pour vous ; vos taches pourraient servir d’arbre généalogique si vous les reliez entre elles et que vous en faites un arbre coloré ; les taches pourraient aussi rester simplement des taches aux couleurs vibrantes.
Pensez à dater et à signer votre oeuvre, tout comme Zoé, et prenez le temps de la contempler et d’écrire sur les pages suivantes ce que vous avez ressenti en faisant ce premier (ou ce nouvel) exercice de journal créatif.

Sera-t-il le premier d’une longue série ? Vous seul pouvez répondre à cette question.

Catherine Dumonteil Kremer
PEPS n°24