La punition est-elle une alternative à la fessée?

Sur la liste Parents Conscients Il y a quelqu’un qui demandait une définition de la punition. Comme je vois son retour en force, j’ai envie d’ouvrir un fil sur ce thème.

Pour moi la punition consiste à priver l’enfant de quelque chose qu’il aime, ou qu’il attend et espère avec impatience parce qu’il n’a pas fait ce que nous souhaitions qu’il fasse, ou parce qu’il a commis des erreurs, ainsi nous espérons le conduire à l’obéissance c’est à dire à la soumission.

Tout ce que nous infligeons à l’enfant dans le but de lui faire comprendre quelque chose le blesse et c’est par conséquent une punition.

La réparation qui est acceptable quand elle est librement consentie, et qu’elle correspond au stade de développement de l’enfant, peut rapidement devenir sanction lorsque l’enfant y est contraint sans ménagement, ou qu’on lui impose une tâche démesurée par rapport à ce qu’il peut faire.

La punition fonctionne très bien avec la récompense, c’est son alliée. Ces deux-là sont parfaites pour conduire l’enfant là où nous souhaitons qu’il aille tant que nous serons là, il agira pour éviter la punition et obtenir la récompense.

C’est un système qui n’apprend rien à l’enfant, qui insulte son intelligence et sa sensibilité, c’est un mode de fonctionnement qui ne lui permettra pas de développer beaucoup d’attention à l’autre. Quand on a mal, on est centré sur soi, et on essaie juste de trouver rapidement un moyen pour que cela ne recommence pas.

visuel-punition3Idem pour la récompense, ce que l’on a fait de satisfaisant n’est pas ressenti en terme de plaisir de donner, mais d’excitation à l’idée de recevoir, d’ailleurs quand on est récompensé c’est cela seulement qui motive nos actes, alors que le fait d’aider et de soutenir quelqu’un est très nourrissant pour un individu, en récompensant on court circuite le ressenti de ce plaisir, et évidemment une fois la récompense disparue on n’est plus motivé pour contribuer au bien être de l’autre.

Outre le fait que ce jeu manipulateur est totalement inefficace pour ce qui est de l’enfant, de sa compréhension de ce qui l’entoure et du pourquoi certaines actions sont à éviter ou au contraire utiles à la communauté, il nous poursuit et conditionne nos comportements d’adultes sous différentes formes. Nous recherchons malheureusement très souvent l’approbation des autres autour de nous, c’est une récompense, nous n’osons pas affirmer nos choix par crainte d’être punis par le jugement de nos pairs. C’est très difficile de se débarrasser de ces attentes, nous sommes évalués en permanence, nous ne « pouvons » pas être vraiment nous mêmes, ou au contraire en rebellion en quasi permanence nous ne pouvons plus nous connecter aux autres avec confiance et sécurité, la constestation est devenue notre centre, nous ne pouvons pas être simplement nous mêmes, détendus, capables d’accepter la différence et de manifester la nôtre.

Je vois partout les effets d’une éducation basée sur cette injonction : »je t’aimerais si tu fais ce que je veux », on continue à croire qu’on sera aimé si on se soumet à l’autre, on l’aimera s’il nous « obéit », bien sûr ça prend des formes plus subtiles, quelque part subsiste le danger d’être vraiment soi même.

Si je l’ai écrit c’est que je vois partout resurgir la punition, sanction, ou tout autre chantage comme des alternatives acceptables à la fessée, mais ce n’est pas mieux loin de là !

Malheureusement la punition en tant que système éducatif a encore de beaux jours devant elle. Je l’ai même vu prôner dans un livre que je croyais très axé sur le parentage de proximité, « the science of parenting » certains connaissent peut-être ici. J’en ai été très déçue.

Vraiment je pense qu’on peut cesser de croire qu’en faisant mal à un enfant (psychologiquement ou physiquement) il va faire ce que nous voulons, s’il le fait c’est qu’il a peur, si nous le manipulons il deviendra manipulateur, il saura très bien sur quelle ficelle tirer pour être récompensé, et ce qu’il doit éviter de faire en présence de ses parents pour ne pas être puni. J’insiste beaucoup mais c’est très important de voir l’éducation ou l’accompagnement de nos enfants à long terme, ce qui nous facilite la vie aujourd’hui, pourrait bien construire le cauchemar de demain…

Publié le Samedi 10 février 2007 sur le blog de Catherine Dumonteil Kremer