La fermeté est-elle une alternative à la violence ?

J’ai quatre enfants et j’ai testé pour vous la fermeté. Par habitude, réflexe ou croyance, parce qu’une très vieille dame que j’aimais beaucoup enfant m’avais dit «Il faut être sévère mais juste», pour ne pas me laisser marcher sur les pieds, et même par paresse (parce que l’obéissance demande beaucoup moins d’énergie qu’une éventuelle négociation). Je l’utilise encore trop souvent alors que je le sais : chez moi, ça ne marche pas.

Si, bien sûr, j’obtiens que mon plus jeune fils se couche, que le deuxième se brosse les dents, que l’aîné éteigne la lumière… Mais la peur s’installe, et même si c’est un tout petit peu, c’est déjà trop.

Fermeté, un mot à la mode
Les publications autour de la parentalité « bienveillante » ou « respectueuse » fleurissent ces derniers mois. Par intérêt personnel et dans le cadre de mon implication dans PEPS, je suis amenée régulièrement à en lire un certain nombre, en commençant souvent par la philosophie des auteurs présentée sur les sites.
Je suis surprise de voir combien la peur règne en maître dans bon nombre d’entre elles. Et une peur en particulier écrase toutes les autres : la peur du laxisme, ce fameux laxisme que, telle la paille, on ne voit jamais que chez le voisin. Une solution est souvent préconisée pour lutter contre ce fléau qui dévasterait nos villes et nos campagnes : la fermeté.
Voilà, tout est dit, il faut être respectueux mais ferme, aimant mais ferme pour que nos enfants soient bien cadrés, connaissent les limites et ne s’aventurent pas à les dépasser, sinon… Sinon quoi d’ailleurs ? Punitions pour les uns, sanctions pour les autres, tout dépassement de limite doit être réprimé.
Quid du vécu de chacun, des comportements inadaptés pour cause d’incompréhension de la règle ou d’immense chagrin qui empêche l’enfant de bien fonctionner ? Rien…
Qu’est-ce que la fermeté ?
Pour certains, il s’agit de ne pas changer d’avis une fois qu’une décision est prise, pour ne pas semer le doute, pour avoir l’air de maîtriser la situation, ne pas sembler faible. Mais n’est-ce pas notre faiblesse qui nous rend profondément humains ? Notre capacité à prendre conscience de nos erreurs et à revenir en arrière, changer d’avis, s’excuser, remettre tout à plat ? Cette souplesse qui permet l’adaptation à de nombreuses situations, parfois extrêmes ? N’est-ce pas grâce à cette souplesse que nous pouvons survivre, décider de ne plus se battre pour des broutilles et aller à l’essentiel de nos vies ?
Si l’on prend de manière unilatérale une décision liée à nos exigences de vie, qu’est-ce qui empêche de chercher une solution en famille ? Pourquoi devoir en passer par des solutions rigides où l’enfant est toujours le perdant ? Refuser la fermeté, accepter des compromis, ce n’est pas non plus devenir corvéable à merci, mais trouver des solutions acceptables par tous, dans le respect mutuel.
Pour d’autres, la fermeté renferme la notion assez floue de cadre, de règles – les fameux repères qui aideraient l’enfant à grandir.
Quand un ouvrage nous recommande de rester accrochés à nos points de vue pour « apprendre » un comportement à notre enfant, il nous pousse à lui apprendre aussi plusieurs choses pas très reluisantes : « Mon avis a plus de valeur que le tien. », « Ce qui est primordial, c’est que tu respectes les règles, pas que tu sois nourri (par exemple) », « Dans la vie, les enfants doivent se soumettre et les parents doivent être fermes. »
La souplesse est dans le camp de l’enfant, qui doit donc s’adapter aux besoins du reste de sa famille, en un mot, obéir, et la toute-puissance est dans le camp du parent. Rien de neuf sous le soleil, me direz-vous. En effet, et même des publications anciennes telles que celles de Gordon [1] semblent bien novatrices, avec le principe du gagnant/gagnant.

Mais pourquoi céder? Pourquoi ne pas accepter,
dès le départ? Pourquoi le « non c’est non »
de nos parents serait-il devenu efficace?

Un enfant réel dans la vraie vie ?
Les exemples de ces livres me semblent artificiels, ils pourraient avoir comme sous-titre « comment se compliquer l’existence en inventant des problèmes là où tout pourrait être simple »… Et ils se règlent par une forme de violence, la privation par exemple, qui apprend à l’enfant que toute décision du parent est supérieure et que sa seule option pour mener une vie agréable est la soumission.
Dans la vie, il y a des hauts des bas, de la joie et de la peine. Quelle place pour notre être réel et pour un enfant réel dans ces conseils de fermeté ? Une réponse stéréotypée, qui ne s’adapte ni aux parents, ni aux enfants, ni au moment de leur vie. Un enfant qui « insiste » pour quelque chose d’impossible a peut-être juste besoin d’un énorme câlin, de faire sortir une peine immense… Où est la place des émotions dans cette fermeté qui me ferait plutôt penser à de la rigidité ?
Ne pas céder ? Sous peine de se faire dévorer ? De perdre la partie ? De ne plus être le chef ? Mais pourquoi céder ? Pourquoi ne pas accepter, dès le départ ? Pourquoi le « non, c’est non » de nos parents serait-il devenu efficace ? En quoi serait-il plus juste pour nous enfants qu’il ne l’était quand nous en souffrions ?
Quand un enfant effectue quelque chose par peur de conséquences fâcheuses (punition, privation, manquement), a-t-il appris de son expérience ou agit-il mû par la peur ? Quelle différence alors avec une éducation autoritaire ? À part l’énonciation que ce sera fait de manière bienveillante ? Mais, sauf exception, tous les parents agissent en étant persuadés de faire pour le bien de leurs enfants, même les châtiments physiques sont donnés dans cette optique, pour modifier le comportement de l’enfant, le rendre « acceptable », « admissible ».
Quand on change le comportement d’un enfant (quelle que soit la méthode utilisée) et si ce comportement n’est qu’un écran de fumée qui dissimule un mal-être important par ailleurs, ce qui ira « mieux » d’un côté craquera d’un autre côté et l’on se retrouvera avec un nouveau comportement inadapté.
Travailler sur la forme ne suffit en général pas à régler les problèmes de fond.

Quelles alternatives ?
Il en existe des dizaines, nous vous en présentons régulièrement dans PEPS, que ce soit dans nos petites astuces de l’anti-pétage de plomb ou dans des articles de fond. Tout ce qui nous aide à aller mieux, à nous sentir connectés à nous-mêmes, à nos vrais désirs, à notre créativité, à notre joie de vivre (que ce soient les conseils de famille, les réunions où tout le monde s’investit, des éléments comme l’écoute des émotions, l’écoute active, retrouver de l’énergie pour remplacer l’énervement par le chahut, ou encore transformer les moments difficiles en jeux…), tout cela peut nous permettre de faire des choix débarrassés des conventions et de vivre notre vie de famille dans un respect mutuel.

La fermeté ne peut pas être une alternative à la violence éducative, et même si elle est un premier pas qui permet à un parent de ne pas utiliser les châtiments corporels, nos enfants et nous-mêmes méritons que nous recherchions de véritables alternatives dans le respect de chacun.

Anne-Marie BOSEMS
PEPS n°6