Gérer sa colère sans blesser l’autre : quelques idées !

Quand nous sortons de nos gonds, rouges de colère, comment faire pour éviter de blesser notre entourage ? Cette question ne manque pas de piment, et s’il n’y a pas de bouton « off » quand nous sommes immergés dans un accès de rage, il existe des moyens d’apprivoiser la montée en pression de ce tempétueux volcan.

Après tout, notre colère peut s’exprimer si elle ne blesse personne : si nous sommes seuls, nous pouvons crier tout notre soûl ! Mais, la plupart du temps, elle va aller se déverser sur quelqu’un. Parfois, elle choisit d’aller exploser sur un membre de notre famille. Ce sont ces personnes que nous aimons et avec lesquelles nous nous sentons en sécurité qui vont recevoir nos accès de mauvaise humeur, voire bien pire. Ce sont aussi celles qui réveillent notre mémoire traumatique, ou autrement dit qui appuient constamment sur nos boutons rouges.

Au départ, notre colère nous emporte, elle nous dépasse et nous surprend. Peu à peu, nous pouvons essayer de l’apprivoiser. Et pour cela, on peut se poser quelques questions : c’est la première démarche pour coopérer avec elle.

Alors, première piste : identifier les moments où elle risque de surgir. Cela va nous aider entre autres choses à trouver des solutions de repli. Quels sont ses terrains de jeu favoris ? Ou autrement dit, qu’est-ce qui nous met hors de nous au quotidien ?
Un travail sur les déclencheurs de la colère peut être très efficace. Une de mes amies qui avait un syndrome prémenstruel très intense avait appelé les quelques jours avant ses règles « Période Hip-Hop ». Ainsi, les membres de sa famille, qui étaient prévenus, savaient que sa sensibilité était beaucoup plus forte qu’à l’accoutumée, et ils essayaient de ne pas trop se formaliser de ses réactions.
Et pour vous ? Le moment des repas est souvent reconnu comme complexe, mais cela peut être le coucher, le bain, les devoirs, à moins que le stress vécu le matin avant de partir à l’école ne soit le déclencheur champion toutes catégories.

Revenir sur le passé
Une fois les déclencheurs de la colère identifiés, on peut se poser la question suivante : comment mes parents vivaient-ils ces moments-là avec moi ? Un retour sur son histoire paraît presque indispensable. On peut utiliser l’écriture, le dessin et le collage pour mettre à plat des souvenirs, des ressentis… Plus on pense à la période de vie concernée, plus des images, des sensations, des émotions remontent à la surface, et cela permet d’augmenter la conscience que nous avons de nos déclencheurs.

Méditer
Quelques minutes de méditation matin et soir permettent de prendre le recul nécessaire sur soi et d’explorer notre intériorité. Au fil des jours, cela nous donne l’opportunité de voir la colère entrouvrir la porte et faire son entrée, de la gérer avant qu’elle n’explose et ne fasse des dégâts.

Quand elle nous emporte…
Une fois qu’elle nous a envahis, il est très difficile de l’interrompre. Nous pouvons alors essayer de la sortir en dehors de la présence de nos enfants. Crier dans un coussin est une façon d’amortir le son tout en laissant l’énergie de la rage sortir. Très souvent, des larmes suivent l’émission du cri. Ce sont elles qui nous soulagent le plus. Prendre une douche chaude ensuite nous permet de retrouver notre équilibre. Le contact de l’eau chaude déclenche des sécrétions d’ocytocine, hormone du bien-être.

Être deux ou plus face à la colère
Quand les deux parents sont présents, les options de gestion de la colère sont plus nombreuses, car l’un des deux parents peut s’occuper des enfants pendant que l’autre part faire le tour du pâté de maisons en courant, ou roule en voiture en hurlant son désespoir sans être entendu de qui que ce soit.
Le parent qui reste peut expliquer la colère de son partenaire et rassurer les enfants sur le fait que tout cela n’a pas grandchose à voir avec eux. Parfois, les deux parents sont en colère, et ces disputes peuvent être effrayantes pour les enfants. Si ces derniers ont des alliés adultes, ils peuvent alors se rendre chez eux s’ils sont assez grands pour cela, ou leur téléphoner pour trouver auprès d’eux du réconfort.

Trouver de l’écoute
Parfois, on a la chance de pouvoir évacuer sa colère en compagnie d’une personne bienveillante. Ce peut être un thérapeute formé à l’écoute des émotions, ou un ami qui sait se taire et accueillir ce qui vient sans intervenir d’une quelconque façon.
C’est très salvateur de bénéficier de ce style d’accompagnement, on se réconcilie avec soi lorsqu’on se
sent accepté quel que soit notre état émotionnel.
Oui, mais ce n’est pas quand on le décide que la colère monte ! En revanche, certaines actions peuvent aider à la faire venir. Élisabeth Kübler-Ross utilisait dans ses groupes un tas de vieux annuaires sur lequel tapaient de toutes leurs forces les personnes endeuillées. S’inspirant de cette pionnière, on peut commencer à taper dans un coussin, à taper du pied, à déchirer un magazine… L’énergie de la colère ne tarde pas à se manifester, et cela permet en définitive de travailler à son expulsion.

La patience n’est pas une option
J’ai été frappée par le portrait-type du malade du cancer brossé par Simonton [1], oncologue, auteur d’ouvrages sur la dimension psychologique du cancer et les effets des émotions sur l’évolution de la maladie. Ce sont en général, dit-il, des personnes très gentilles, qui ont toujours le sourire, patientes, probablement trop. On peut imaginer qu’elles ont retenu leur colère jusqu’à la retourner contre elles-mêmes.

La colère, il vaut mieux s’en débarrasser. Pas question de la garder en soi. D’une certaine manière, nos enfants nous montrent le chemin. Il est très simple pour eux de la traverser pour se sentir mieux ensuite. Lorsque nous faisons l’expérience d’être écoutés dans notre colère dans un cadre de sécurité, il est ensuite beaucoup plus facile d’être à l’écoute de la leur.

S’affirmer enfin !
Lorsque nous aurons accumulé toute cette expérience sur la colère, il est probable que cette dernière ne nous prendra plus au piège. Elle va céder la place à une saine affirmation de soi. Formuler un : « Je suis furieuse », c’est déjà un énorme changement ! Oui, je suis furieuse, mais je m’occupe de moi, c’est ce que les membres de ma famille espèrent, et cet exemple fera peut-être des émules parmi eux, qui sait ?

[1] Guérir envers et contre tout, de Carl Simonton et al., éditions Desclée de Brouwer (2007).

Catherine Dumonteil Kremer
PEPS N°14