Culpabilité & réparation

Elle m’a rongée bien souvent quand mes enfants étaient plus jeunes, me hantant parfois jusqu’à l’épuisement. Qui ça ? La culpabilité bien sûr. Ai-je « bien » fait ? « N’ai-je pas traumatisé mon enfant pour le reste de ses jours ? » « Tout ça c’est entièrement ma faute, il ne s’en remettra pas ! »

Aujourd’hui, je crois que je culpabilise moins, et j’essaie de comprendre ce que me dit ce sentiment pénible. Je le vois un peu comme un signal d’alarme, c’est comme s’il me disait : « Là, quelque chose ne va pas. »
Ensuite je décide plus ou moins ce que je vais faire : est-ce que je vais choisir d’oublier et tourner le dos à une situation extrêmement douloureuse, de me justifier ou me défendre (ce qui est quand même différent d’expliquer), de me plaindre car j’ai commis une faute impardonnable et que je préfère me sentir victime que coupable. . . ?

Ou bien plutôt, lorsque je me sens bien et que mon regard sur certaines situations va plus loin que le simple « Tu as encore merdé », je vais penser à la réparation.
Et la réparation c’est quelque chose de sacrément constructif ! Plutôt que tourner en rond dans la plainte ou tenter de me donner raison (oui, quelquefois, je me dis : « Après tout, tu étais fatiguée ce jour-là » ou bien « Tu ne pouvais pas vraiment faire autrement », ou pire « Il ne faut pas exagérer, personne n’a démontré que ce que j’ai fait était si mauvais que ça pour mon enfant »), j’interromps le tête-à-tête avec ma mauvaise foi, et je tente plutôt ceci : « La bourde est faite, je peux faire trois choses : la reconnaître auprès de mon enfant (ou de qui que ce soit d’autre), présenter des excuses, et réparer. »

La première étape permet de reconnaître que ce que l’enfant a subi n’était pas juste. Nous ne sommes pas des parents parfaits, nous entendons partout ce credo. Mais le reconnaître se fait jour après jour lorsque nous nous confrontons à des situations qui produisent un sentiment de malaise en nous. À ce stade, l’écoute des sentiments et émotions de notre enfant est essentielle, même si elle peut s’avérer très inconfortable.

Présenter des excuses, c’est en définitive se montrer vulnérable, dire en quelque sorte : « Je ne savais pas comment faire et je t’ai blessé, mais je le regrette sincèrement, ce n’est pas ce que je voulais. » Les excuses sont une forme de réparation. Cependant, lorsqu’elles sont formulées trop souvent, elles perdent de leur sens.
Il arrive parfois que nous ayons blessé notre enfant de façon répétitive, par manque d’information par exemple. Dans ce cas les excuses sont un premier pas.

Ensuite intervient la réparation du lien. On va tenter de restaurer la confiance parfois perdue. Cela peut se faire de plusieurs manières : en donnant de l’attention, du contact physique, en passant du temps à jouer, etc. Mais ce peut être aussi s’arrêter pour combler un besoin que nous avons négligé. Et le faire sans tenir compte de l’âge de l’enfant, en regardant plutôt son âge émotionnel dans ce domaine particulier. Un adolescent peut revenir sur les genoux de ses parents ou souhaiter dormir avec eux, un enfant de dix ans peut « par jeu » vouloir qu’on l’habille à nouveau ou qu’on le nourrisse à table…
Réparer ce peut être aussi écouter, écouter les émotions qui s’expriment, et qui souvent guérissent nos petits.

Et puis, après la réparation, on pourrait ajouter deux étapes supplémentaires : s’engager à faire le maximum pour éviter que cette situation ne se reproduise, et s’occuper de soi pour comprendre ce qui se passe en nous.
La perspective de la réparation nous aide à ne plus être le jouet de la culpabilité, à devenir pleinement responsable de nos actes et en même temps à reprendre le pouvoir sur notre vie !

Catherine Dumonteil Kremer
PEPS n°3