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Non-violent l’isolement ?

Heureusement, fessées et autres violences physiques sont de moins en moins acceptées comme moyen de discipline. Mais alors, par quoi les remplacer ? La réponse la plus répandue actuellement, c’est l’isolement, le point sur cette méthode très en vogue…

L’isolement, ou « time-out », ou encore « retrait », c’est un peu comme mettre au coin, mais pas tout à fait. En principe, il devrait s’agir de la privation d’un renforcement positif (en général, d’exercer une activité agréable avec les autres), d’un temps d’arrêt pour que l’enfant se calme, et non d’une punition. Sous sa forme la plus légère, l’enfant pourrait rester dans le groupe mais ne participerait plus à l’activité. Il peut aussi être assis sur une chaise à l’écart, ou même placé seul dans une pièce. Dans tous les cas, il est recommandé de ne pas laisser l’enfant trop longtemps isolé (de l’ordre d’une minute par année d’âge), ni trop souvent d’ailleurs, sous peine de nuire à l’efficacité de la méthode.

Dans la pratique, la nuance semble très subtile. Ainsi, il y a quelque temps, à Toulouse, un élève de CM1 a passé plusieurs récréations dans un « carré d’isolement » de deux mètres de côté tracé à la craie dans la cour, pour avoir frappé un autre élève avec un stylo [1]. La décision en a été prise sans que les parents en soient informés.

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Réparer, ça fait du bien !

Comme des invités de marque, voilà comment nous devrions traiter les enfants, paraît-il… L’idée est très généreuse. Elle pourrait nous inspirer ! Quand je reçois des amis et qu’ils cassent quelque chose chez moi, j’essaie de les mettre à l’aise en formulant un « c’est pas grave » banalisant l’évènement.

Et ils réparent immédiatement les dégâts, parce que ce ne sont pas des invités de marque – qui s’attendent peut-être à ce que j’agisse à leur place – mais plutôt des invités que j’aime – qui comprennent que j’ai déjà bien assez de travail à faire. Continuer la lecture

La brutalité au quotidien

« Aïe, tu tires trop fort, arrête, tu me fais mal ! » disait-elle du fond de sa baignoire… Mais sa mère ne l’écoutait pas, il fallait aller vite, il y avait encore tant à faire…
C’est dans une salle de spectacle que j’ai pris subitement conscience de tous ces petits gestes quotidiens qui blessent les enfants. L’actrice incarnait la perfection l’indignation et la souffrance d’un tout-petit, tandis que sa mère tirait avec force sur ses bras pour faire sa toilette.

Alors me sont revenus quelques-uns des désagréments répétitifs subis par mon corps d’enfant. Le jour où une baby-sitter de passage, en lavant mon visage avec rudesse, m’avait mis du savon plein les yeux. Je me rappelle la brûlure, son manque de compassion. Mes cheveux aussi sont très présents dans ma mémoire corporelle. Les shampoings, les longues séances pour venir à bout de ma « tignasse », comme je l’entendais autour de moi. Il fallait être coiffée, « tirée » à quatre épingles.
Tiré est le mot qui correspond le mieux à ce que subissait mon crâne, les tresses parfaites, les chignons lisses, au prix de longs moments de souffrance et d’ennui. Et puis il fallait supporter ces tiraillements auxquels mon épiderme ne s’habituait qu’au bout de plusieurs heures. Seule consolation, le soir quand je défaisais toutes ces coiffures élaborées, ma peau se détendait, je sentais un relâchement considérable, que je faisais durer en massant un peu ma tête.

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règles ou limites ?

Respecter des règles ou respecter des limites? Le débat est lancé : pour certains, les règles posent un cadre rassurant qui permettrait le développement harmonieux des enfants et instituerait une vie de famille cadrée et reposante. Chacun, sachant ce qu’il a à faire, se plierait de bonne grâce aux règles auxquelles il a lui-même accepté de se soumettre. Pour d’autres, dont je fais partie, les règles sont une anomalie dans le quotidien. Je vous propose aujourd’hui de nous pencher sur ce qui fait leur succès et leur danger, et sur les raisons pour lesquelles le respect des limites me semble plus adapté à la vie de famille.

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L’obéissance est-elle une vertu ?

Quand j’étais professeur, et bien avant d’avoir lu Alice Miller et d’avoir pris conscience des effets de la violence éducative, un des premiers sujets de dissertation que je donnais à mes élèves était celui-ci : « L’obéissance est-elle une vertu ? » Je crois qu’aucune de mes classes n’y a échappé.

À peu près tous les élèves donnaient une réponse positive à cette question, soit parce qu’ils le pensaient vraiment, soit en s’imaginant me faire plaisir.
Mais avant de leur donner un corrigé de ce devoir, je consacrais une heure à leur présenter le livre de Stanley Milgram relatant les expériences qu’il a faites dans les années soixante sur la soumission à l’autorité [1]. J’en rappelle rapidement le contenu. On propose à des personnes recrutées sur annonce de participer à une série d’expériences sur la mémoire. Ces personnes seront les moniteurs de l’expérience, mais en réalité, ce sont elles qui y seront soumises. Elles devront lire une liste de couples de mots dont une autre personne, censée avoir été recrutée comme elles sur annonce, devra se souvenir (mais cette dernière personne est en réalité un comédien complice de l’expérimentateur). Au cours d’une deuxième lecture de la liste, la personne dont on est censé tester la mémoire répond. Toutes les fois qu’elle se trompe, le sujet naïf doit la « punir » en appuyant sur les touches d’un clavier censées envoyer des décharges électriques graduées de 15 à 450 volts. Ces décharges sont fictives mais la victime feint de les recevoir en manifestant sa souffrance, en protestant contre ce qu’on lui fait subir, en suppliant qu’on arrête l’expérience et qu’on la détache, puis, au niveau des décharges les plus fortes, en ne manifestant plus rien comme si elle avait perdu connaissance. Dès les premiers cris de la « victime », lorsque le sujet naïf se retourne vers le scientifique en blouse blanche qui représente l’autorité et qui est présent dans la salle, celui-ci répond par une série d’ordres gradués n’incluant aucune menace : « Continuez s’il vous plaît », « L’expérience exige que vous continuiez », « Il est absolument indispensable que vous continuiez » et « Vous n’avez pas le choix, vous devez continuer. »
On sait en général que ces expériences ont prouvé que, placés dans cette situation, les deux tiers d’entre nous vont jusqu’aux décharges les plus fortes, en manifestant plus ou moins de résistance mais sans oser désobéir aux ordres qui leur sont donnés.

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Gérer sa colère sans blesser l’autre : quelques idées !

Quand nous sortons de nos gonds, rouges de colère, comment faire pour éviter de blesser notre entourage ? Cette question ne manque pas de piment, et s’il n’y a pas de bouton « off » quand nous sommes immergés dans un accès de rage, il existe des moyens d’apprivoiser la montée en pression de ce tempétueux volcan.

Après tout, notre colère peut s’exprimer si elle ne blesse personne : si nous sommes seuls, nous pouvons crier tout notre soûl ! Mais, la plupart du temps, elle va aller se déverser sur quelqu’un. Parfois, elle choisit d’aller exploser sur un membre de notre famille. Ce sont ces personnes que nous aimons et avec lesquelles nous nous sentons en sécurité qui vont recevoir nos accès de mauvaise humeur, voire bien pire. Ce sont aussi celles qui réveillent notre mémoire traumatique, ou autrement dit qui appuient constamment sur nos boutons rouges.

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Celles qui : Portrait de femmes qui changent le monde

Andréa Bescond

Andréa Bescond est la réalisatrice du long-métrage Les chatouilles, une oeuvre poignante sur un thème difficile à aborder : les violences sexuelles sur enfant. Ce film a reçu le César de la meilleure adaptation, car Andréa avait d’abord écrit une pièce de théâtre, Les chatouilles ou la danse de la colère. Danseuse ? Comédienne ? Aujourd’hui, elle écrit surtout beaucoup, animée d’une intense énergie.

Je n’ai abandonné ni la danse, ni la comédie, mais ce qui domine aujourd’hui c’est le travail d’autrice : écrire des ouvrages pour les enfants, comme ma collection Et si on se parlait, mais aussi des scénarios et un peu de littérature.

L’origine des Chatouilles
Ma vie a été fortement dirigée par le traumatisme subi à 9 ans, quand j’ai été violée. J’ai fait une amnésie traumatique partielle, mais je savais qu’il était arrivé quelque chose, et heureusement la danse m’a beaucoup aidée : je suis partie en école professionnelle, j’ai fait le conservatoire national, je m’y suis vraiment lancée corps et âme, et cela m’a sauvée.
Vers 23 ans, j’ai su que l’agresseur devenait grand-père d’une petite fille et je ne pouvais plus me taire. Même si je n’étais pas prête psychologiquement, j’ai quand même porté plainte. Il y a eu deux ans d’enquête et de travail judiciaire très bien menés par les gendarmes. Cet agresseur était déjà connu pour des faits de pédo-délinquance, des attouchements sur sa nièce. C’est quelqu’un qui avait déjà sévi. J’ai trouvé difficile de prendre tout mon courage pour aller révéler un secret horrible qui a détruit ma vie et de me rendre compte que c’était un secret de Polichinelle, comme dans beaucoup de petites villes ou de familles. Mon affaire a été traitée par la cour d’assises, ce qui est presque un miracle aujourd’hui. L’agresseur a écopé de dix ans de prison et il en a fait six.

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Les réactions disproportionnées : Où peuvent-elles nous conduire ?

Je me suis toujours sentie mal lorsque je m’énervais sur mes enfants, et il y a eu un moment où j’ai pensé qu’il était temps que ça change. Mais ce n’était pas une question de volonté, j’étais emportée par le tourbillon de mes émotions et je n’avais aucun contrôle sur moi-même. Pourtant, au fil du temps, j’ai fini par gagner cette bataille. L’un des éléments qui m’y a aidée est l’idée de « réaction disproportionnée ».

La première fois où j’ai entendu cette expression, c’était lors d’un stage de développement personnel. L’animateur nous demandait de rechercher ces moments où nos réponses semblent excessives par rapport aux événements qui les déclenchent. J’ai trouvé que c’était une bonne piste, et j’ai continué ensuite à observer mon comportement. En particulier, chaque fois que je m’énervais ou que j’étais envahie par des émotions qui me faisaient réagir violemment, un petit voyant s’allumait dans ma tête pour m’inciter à me demander : « Ne serait-ce pas une réaction disproportionnée par hasard ? »

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Un temps pour ralentir

Quand on commence à réfléchir à ce que nous vivons à la lumière des besoins des enfants, de nombreuses théories s’effondrent comme de vulgaires châteaux de cartes.

Tenez, par exemple cette maxime à laquelle nous nous accrochons quelquefois dans le but de sauvegarder notre bonne conscience quand nous trouvons que nous ne passons pas assez de temps avec nos enfants : « La qualité vaut mieux que la quantité ! » Elle contredit les recherches qui disent que ce qui a un effet sur le cerveau des petits, ce sont les expériences les plus nombreuses, les plus fréquentes. Cela semble très logique quand on pense à la plasticité de nos hémisphères cérébraux.

La qualité est-elle moins importante que la quantité ? Non, bien sûr, mais il doit y avoir une alliance entre la qualité et la quantité. C’est un peu le défi principal de notre parentalité, faire de la vie avec notre enfant une succession de moments joyeux mais aussi pleins de sens.

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Culpabilité & réparation

Elle m’a rongée bien souvent quand mes enfants étaient plus jeunes, me hantant parfois jusqu’à l’épuisement. Qui ça ? La culpabilité bien sûr. Ai-je « bien » fait ? « N’ai-je pas traumatisé mon enfant pour le reste de ses jours ? » « Tout ça c’est entièrement ma faute, il ne s’en remettra pas ! »

Aujourd’hui, je crois que je culpabilise moins, et j’essaie de comprendre ce que me dit ce sentiment pénible. Je le vois un peu comme un signal d’alarme, c’est comme s’il me disait : « Là, quelque chose ne va pas. »
Ensuite je décide plus ou moins ce que je vais faire : est-ce que je vais choisir d’oublier et tourner le dos à une situation extrêmement douloureuse, de me justifier ou me défendre (ce qui est quand même différent d’expliquer), de me plaindre car j’ai commis une faute impardonnable et que je préfère me sentir victime que coupable. . . ?

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