Articles de PEPS

Enfant difficile ?

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Article de Brigitte Guimbal
publié dans le numéro 8 de PEPS

« Oui, mais le mien, il est difficile, si je ne le punis pas, je n’arrive à rien ! » Lorsqu’on parle de non-violence éducative, on obtient parfois une réponse de ce genre. Y aurait-il vraiment des enfants pour lesquels une éducation bienveillante ne serait pas adaptée ?

Bien sûr, un enfant n’est pas « génétiquement » difficile ! En fait, c’est une façon de dire que nous n’arrivons pas à trouver un équilibre de vie satisfaisant avec lui, à obtenir qu’il corresponde à nos attentes (qui peuvent être légitimes !) ou à l’image que nous en avons. C’est l’interaction qui pose problème, et non l’enfant lui-même. Comme c’est souvent le cas, y mettre une étiquette va plutôt avoir tendance à bloquer la situation, en nous empêchant d’en rechercher les causes profondes.

Pourtant, la plupart du temps, ce jugement repose sur un malentendu. En effet, il peut arriver que nous n’arrivions pas à nous sortir de certaines situations, et peu à peu cela cristallise en une sorte de conflit plus ou moins permanent.

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Mais pourquoi vouloir changer le comportement des enfants ?

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Article de Marc André Cotton
publié dans le numéro 8 de PEPS

Les sciences du comportement ont popularisé des concepts aberrants comme le « déconditionnement » ou le « renforcement positif » à visée pédagogique ou thérapeutique. Elles sont fondées sur un déni de la sensibilité de l’enfant et témoignent en premier lieu des traumatismes « éducatifs » vécus par leurs inventeurs. Synopsis d’une mise en scène planétaire.

Aux États-Unis, plus de dix mille bambins de deux à trois ans seraient traités avec de la Ritaline pour des troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité (TDAH), d’après un rapport alarmant du Centre de contrôle des maladies infectieuses de la ville d’Atlanta (Géorgie). Même les normes de l’Académie américaine de pédiatrie excluent un tel diagnostic chez des enfants aussi jeunes – sans parler du péril que représente pour eux la consommation d’un psychostimulant proche des amphétamines. « C’est absolument choquant et cela ne devrait pas se produire, déplore une consultante en santé mentale. Les gens sont complètement désorientés. De toute évidence, nous n’œuvrons pas ensemble pour le bien des petits enfants. » [1]

L’an dernier, une autre étude américaine montrait que 11 % des jeunes de 4 à 17 ans ont reçu un diagnostic de TDAH et qu’un garçon sur cinq sera catalogué comme tel au cours de son enfance [2]. En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) estime que 2 à 7 % des enfants d’âge scolaire souffrent de TDAH, avec sur les dernières années une hausse préoccupante de 133 % des ventes de doses journalières de méthylphénidate – la molécule commercialisée sous le nom de Ritaline, Concerta ou Quasym (voir encadré).

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La brutalité au quotidien

peps03-couvArticle de Catherine Dumonteil Kremer
publié dans le numéro 3 de PEPS

 « Aïe, tu tires trop fort, arrête, tu me fais mal !  » disait-elle du fond de sa baignoire… Mais sa mère ne l’écoutait pas, il fallait aller vite, il y avait encore tant à faire…
C’est dans une salle de spectacle que j’ai pris subitement conscience de tous ces petits gestes quotidiens qui blessent les enfants. L’actrice incarnait à la perfection l’indignation et la souffrance d’un tout-petit, tandis que sa mère tirait avec force sur ses bras pour faire sa toilette.

Alors me sont revenus quelques-uns des désagréments répétitifs subis par mon corps d’enfant. Le jour où une baby-sitter de passage, en lavant mon visage avec rudesse, m’avait mis du savon plein les yeux. Je me rappelle la brûlure, son manque de compassion. Mes cheveux aussi sont très présents dans ma mémoire corporelle. Les shampoings, les longues séances pour venir à bout de ma « tignasse », comme je l’entendais autour de moi. Il fallait être coiffée, « tirée » à quatre épingles.

Tiré est le mot qui correspond le mieux à ce que subissait mon crâne, les tresses parfaites, les chignons lisses, au prix de longs moments de souffrance et d’ennui. Et puis il fallait supporter ces tiraillements auxquels mon épiderme ne s’habituait qu’au bout de plusieurs heures. Seule consolation, le soir, quand je défaisais toutes ces coiffures élaborées, ma peau se détendait, je sentais un relâchement considérable, que je faisais durer en massant un peu ma tête.

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Le resto bain-douche

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Article de Florence Martin
publié dans le numéro 8 de PEPS

Vendredi soir, petit dernier du couple infernal travail/école… seule à la barre, la semaine a été dure… c’est l’heure du ouin-ouin international, l’heure des lions, l’heure à laquelle je n’arrive plus à me dire : « Chic, elles déchargent »… Je sens les décibels maternels arriver… vite une idée !

« Les filles ? On ouvre le restaurant bain-douche ce soir ? » (cris de joie, ultrasons et cavalcade). Elles se déshabillent en dix secondes et je suis le chemin des affaires sales jusqu’à la baignoire. Pendant que l’eau coule, on dresse la table au milieu de la baignoire à l’aide du tabouret en plastoc de la salle de bain. Les filles contrôlent le flottement de la table en ajustant le niveau d’eau ou en la lestant avec des bouteilles de Château La Pompe (à température). 

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Le processus ou le résultat

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Article de Brigitte Guimbal
publié dans le numéro 1 de PEPS

Dans notre société productiviste, seul le résultat compte. Mais l’enfant ne connaît pas cette logique-là. Pour lui, le processus est essentiel, c’est une aventure passionnante qui lui permet d’apprendre et de découvrir. Pouvons-nous sortir de notre routine et prendre le temps de le comprendre et de l’accompagner ?

Punie pour délit de s’initier
Une petite histoire toute récente : Emilie a trouvé une nounou pour garder sa petite fille, qui commence à peine à marcher. Au bout de quelques jours, quand elle revient la chercher le soir, la nounou lui dit : « Elle est insupportable votre fille, elle a passé sa journée à monter l’escalier, je devais sans arrêt aller la chercher pour la redescendre. J’ai été obligée de la punir, je l’ai mise au coin » !

La nounou monte l’escalier pour être en haut, mais l’enfant monte l’escalier pour monter l’escalier. C’est le processus qui l’intéresse, pas le résultat. Dans ce processus, l’enfant explore toutes les variantes de son comportement et des réponses de son environnement. C’est beaucoup plus intéressant que le seul résultat. C’est la base même de notre mécanisme d’apprentissage, essayer, et explorer toutes les conséquences et tous les aspects d’une activité, sans accorder d’autre importance au résultat que sous l’angle de la réponse à notre action.

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La métamorphose

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Article de Anne-Marie Bosems
publié dans le numéro 2 de PEPS


Transformons la situation avant qu’elle ne devienne explosive.

Parfois, le point de départ de la mauvaise ambiance générale est un petit détail qui prend des proportions énormes. Il peut donc suffire de ne pas entrer dans la spirale infernale, d’éviter le classique engrenage : enfant énervé mécontent, parent énervé mécontent et exprimant ce mécontentement parfois agressivement, augmentation de la tension de l’enfant… Bref, l’escalade !

J’ai remarqué que dans certains cas, les enfants ont plaisir à évacuer leurs tensions par une bonne rigolade. Donc, au lieu de râler parce que notre enfant râle, plutôt faire le choix de l’aider à aller mieux. Il m’arrive encore malheureusement tellement souvent de me sentir polluée par le vécu de mon enfant… Alors que je pourrais plutôt être l’adulte présent pour l’aider à aller mieux, à évacuer. C’est-à-dire le soutenir dans ses moments difficiles sans être perturbée, voire anéantie, par les tensions qu’il ressent.

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L’obéissance en question

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Article de Brigitte Guimbal
publié dans le numéro 3 de PEPS

Je suis tombée sur une devinette que je n’ai pas trouvée drôle : Quelles sont les trois lettres préférées des parents ? Réponse : O.B.I. !
L’obéissance serait-elle donc la vertu première des enfants ? Elle semble pourtant bien difficile à obtenir ! Est-il possible de se faire obéir sans violence ? Et nous, quels moyens ont été employés avec nous ? Quels ont été leurs effets ?

Nos parents nous ont très probablement demandé d’obéir, même s’il se peut que nous ne nous en souvenions plus très bien. Il arrive aussi fréquemment que nous nous souvenions des méthodes mais que nous ayons oublié ce que nous ressentions, au point parfois d’affirmer que « nous ne nous en portons pas plus mal ». Il n’est en effet pas toujours facile de remettre en question ce qui nous a semblé enfants si universellement partagé, et par conséquent de le repenser à neuf pour nos propres enfants. Pourtant, cette question reste souvent un vrai casse-tête pour les parents.

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Les réactions disproportionnées : où peuvent-elles nous conduire ?

Peps-003-CouvertureArticle de Brigitte Guimbal
publié dans le numéro 3 de PEPS

Je me suis toujours sentie mal lorsque je m’énervais sur mes enfants, et il y a eu un moment où j’ai pensé qu’il était temps que ça change. Mais ce n’était pas une question de volonté, j’étais emportée par le tourbillon de mes émotions et je n’avais aucun contrôle sur moi-même. Pourtant, au fil du temps, j’ai fini par gagner cette bataille. L’un des éléments qui m’y a aidée est l’idée de « réaction disproportionnée ».

La première fois où j’ai entendu cette expression, c’était lors d’un stage de développement personnel. L’animateur nous demandait de rechercher ces moments où nos réponses semblent excessives par rapport aux événements qui les déclenchent. J’ai trouvé que c’était une bonne piste, et j’ai continué ensuite à observer mon comportement. En particulier, chaque fois que je m’énervais ou que j’étais envahie par des émotions qui me faisaient réagir violemment, un petit voyant s’allumait dans ma tête pour m’inciter à me demander : « Ne serait-ce pas une réaction disproportionnée par hasard ? »
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La pose de limites en dix approches pratiques

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Article de Catherine Dumonteil Kremer
publié dans le numéro 3 de PEPS

Voici quelques techniques de survie à l’usage des parents qui veulent sortir de la répression éducative. Ce sont des pistes possibles, à vous de les faire évoluer, d’en trouver de nouvelles. C’est aussi une sorte de protocole qui a beaucoup simplifié ma vie de famille.

1. Votre enfant est toujours en accord avec vous
Oui je sais, c’est difficile à croire.
La coopération de mon enfant, voilà un thème qui m’a donné beaucoup de mal, j’ai énormément rouspété : « Pffff, mais pourquoi ne veut-il jamais… ? Et pourquoi fait-il toujours… » Enfin bref, j’étais insatisfaite jusqu’à ce que je remarque que mes enfants étaient le plus souvent en accord, non pas avec ce que j’exprimais, mais avec mes émotions, celles que je gardais en moi et qui ne me rendaient pas particulièrement agréable. Quand je travaille à être de meilleure humeur, mes enfants suivent car mes vibrations sont contagieuses. Plus facile à dire qu’à faire, mais c’est une information importante, qui s’applique dès leur naissance (et même in utero, vous l’aurez probablement remarqué !)

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