Enfant difficile ?

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Article de Brigitte Guimbal
publié dans le numéro 8 de PEPS

« Oui, mais le mien, il est difficile, si je ne le punis pas, je n’arrive à rien ! » Lorsqu’on parle de non-violence éducative, on obtient parfois une réponse de ce genre. Y aurait-il vraiment des enfants pour lesquels une éducation bienveillante ne serait pas adaptée ?

Bien sûr, un enfant n’est pas « génétiquement » difficile ! En fait, c’est une façon de dire que nous n’arrivons pas à trouver un équilibre de vie satisfaisant avec lui, à obtenir qu’il corresponde à nos attentes (qui peuvent être légitimes !) ou à l’image que nous en avons. C’est l’interaction qui pose problème, et non l’enfant lui-même. Comme c’est souvent le cas, y mettre une étiquette va plutôt avoir tendance à bloquer la situation, en nous empêchant d’en rechercher les causes profondes.

Pourtant, la plupart du temps, ce jugement repose sur un malentendu. En effet, il peut arriver que nous n’arrivions pas à nous sortir de certaines situations, et peu à peu cela cristallise en une sorte de conflit plus ou moins permanent.

Les questions de discipline
Il y a de bonnes raisons de penser qu’il est dans la nature de l’enfant d’avoir plaisir à coopérer lorsque ses besoins sont satisfaits. Mais cela reste une idée assez théorique ! Coopérer ne veut pas dire faire ce que nous voulons. L’enfant a ses propres objectifs, et sa propre compréhension des choses. Ainsi, les problèmes de discipline sont ceux où le malentendu est le plus fréquent.

Lorsque nous voulons quelque chose, il est important de se rappeler que c’est NOTRE demande, pas la sienne. Il va peut-être dire oui pour nous faire plaisir, parce qu’il est de bonne volonté, mais il ne se sent pas forcément engagé dans cet accord, et s’il a ses propres raisons pour cela, il peut ne pas le respecter.
Souvent, les enfants subissent beaucoup de pressions, de notre part mais aussi de tout leur environnement, et ils vont essayer d’y résister comme ils peuvent. Avec le temps, cette résistance peut prendre une forme chronique.

Si un enfant « fait bêtise sur bêtise », « n’écoute rien », « tape sur tout ce qui bouge », ce n’est pas pour nous provoquer, ni parce qu’il EST quoi que ce soit, têtu, violent, indiscipliné ou « difficile ». C’est parce qu’il a un problème et qu’il a besoin d’aide. Les circonstances de sa vie et de sa relation avec nous peuvent le conduire à le montrer d’une manière plutôt qu’une autre, et ce sont celles qui nous sont le plus difficiles qui vont rester, parce que nous aurons plus de mal à garder notre calme et notre empathie.

Il pourra alors nous être nécessaire de regarder ce que nous ressentons face à ce comportement, pourquoi il nous agresse à ce point, pour pouvoir atteindre ce qu’il y a derrière, c’est-à-dire le problème que l’enfant manifeste au travers de son attitude, son besoin qui n’est pas entendu.

Les crises
L’un des principaux facteurs qui nous conduisent à l’idée qu’un enfant est difficile va être sa tendance à faire des « crises ». Nous avions rarement le droit nous-mêmes d’exprimer nos frustrations, nos tentatives étaient perçues par beaucoup de parents comme des caprices qui devaient être interrompus à tout prix, sous peine de perdre tout contrôle sur nous. Et maintenant, un enfant hurlant et trépignant fréquemment peut être pour nous le pire des cauchemars.

Lorsque les crises se répètent, nous ne voyons généralement que deux issues : essayer d’accéder aux demandes de l’enfant pour le calmer, même si elles nous semblent inappropriées, ou au contraire se montrer ferme pour qu’il comprenne que nous n’acceptons pas ces débordements. Généralement, s’il ne s’agit pas d’une crise isolée, aucune de ces deux solutions ne se montrera efficace, ce qui peut nous laisser démunis.

En effet, ces crises à répétition sont d’abord un signe de mal-être, Certaines exigences sont des moyens que l’enfant a trouvé pour contrôler des émotions trop difficiles. Par exemple, une fillette qui n’a pas pu exprimer ses sentiments négatifs lors de l’arrivée d’une petite sœur peut vouloir passer toujours avant elle, et faire des crises chaque fois que cette exigence n’est pas respectée.
Lorsqu’il entre dans cet état, l’enfant n’a besoin ni que nous cédions ni que nous fassions preuve d’autorité. Dans le premier cas, il va de nouveau mettre un couvercle sur ses émotions et elles ressortiront à la première occasion. Dans le second, il va se retrouver face à ces sentiments qui lui semblent insurmontables sans aucun soutien de notre part, ce qui est une expérience assez désespérante.

Ce dont il a besoin, c’est que nous lui montrions que nous sommes avec lui et que nous comprenons à quel point ce qu’il ressent est difficile pour lui, que nous acceptions que ces manifestations bruyantes et persistantes lui sont nécessaires pour se sentir mieux, et que nous les accueillions du mieux que nous pouvons.

L’agitation
Nous n’avons pas toujours une vision juste du niveau d’énergie d’un bambin, et l’image de l’enfant « sage » qui joue tranquillement dans son coin a la vie dure. Même si nous sommes fatigués rien qu’à le regarder, ce n’est pas un problème qu’un enfant soit plein de vie et toujours en mouvement.
Par contre, le manque de concentration et l’hyperactivité sont souvent, eux aussi, le signe d’un malaise qui s’installe. Ainsi, un enfant peut passer sans arrêt d’une activité à une autre parce que les occupations nouvelles détournent son attention de ses difficultés, et dès que celles-ci repointent leur nez il doit changer pour faire diversion de nouveau. Cela fonctionne un peu comme une dépendance.

Aider ces enfants est plus difficile, parce qu’ils n’expriment pas directement leurs émotions, et nous ne pouvons pas juste les écouter avec bienveillance pour les aider à retrouver leur joie de vivre. Mais nous pouvons essayer de créer un environnement favorable, dans l’objectif qu’ils se sentent assez en confiance pour montrer ce qui est difficile pour eux. Par exemple, nous pouvons prendre du temps pour jouer avec eux, en les laissant si possible diriger le jeu, leur donner beaucoup d’attention et essayer de garder le contact avec eux même s’ils semblent sans arrêt s’échapper. Les jeux de chahut, comme ceux que nous vous présentons régulièrement dans la rubrique Faisons les fous, sont un bon moyen pour cela.

Ensuite, grâce à la confiance dans la relation que ces moments auront construite, nous aurons peut-être plus facilement des occasions d’entendre ce qu’ils ressentent, et d’être disponibles pour les accompagner. Si l’enfant arrive peu à peu à exprimer sa souffrance, il n’aura plus besoin de s’agiter pour essayer de la contrôler, et il pourra de nouveau être attentif au moment présent.

Un enfant est « diffcile » parce qu’il est en difficulté, et notre tâche de parent est alors plus difficile aussi. Plus que tout autre, il a besoin de notre aide et de notre bienveillance. Nous pourrons avoir besoin d’aide nous aussi, et de remises en question ; il n’y a pas de solution miracle mais il y a toujours moyen de reconstruire une relation nourrissante sur laquelle il pourra s’appuyer. Retrouver notre tendresse pour l’enfant qui souffre derrière le comportement difficile peut beaucoup nous y aider.

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